
Puisque je suis toujours un peu en panne mais que j'ai vraiment le goût de me dire mais n'ai pas, soit l'énergie pour l'écrire, l'angle pour le dire ou la patience de l'écrire, je me réfère à quelqu'un qui ma parle toujours aussi merveilleusement bien.
Un extrait du blog de Jacques Salomé
Aussi curieux que cela puisse paraître, nous passons une grande partie de notre vie à nous éveiller.
Pas seulement au petit matin, quand le sommeil finissant nous dépose au creux d’une aurore, encore habité par les rêves de la nuit… Que nous découvrons le plaisir de nous sentir vivant et ouvert aux découvertes d’une nouvelle journée à vivre.
Nous nous éveillons aussi lors de multiples circonstances où nous allons rencontrer l’imprévisible. Dans le surgissement d’événements qui vont transformer parfois notre vie. Quand nous allons côtoyer ou nous trouver impliqués dans des situations qui vont faire appel à des ressources, à des réponses que ne pensions pas présentes en nous.
C’est à sept ans que je me suis éveillé à l’amour, dans le regard d’une petite fille qui croisait mon chemin sur le parcours de l’école. Cet éveil me fit découvrir les éblouissements et les émerveillements d’un amour naissant, les inquiétudes et le doutes sur ma capacité à aimer. J’ai aussi appris l’importance de l’espérance, la force d’une promesse à tenir. La confiance et l’abandon à me savoir porteur d’un élan de vie qui m’emportait plus loin que le présent.
Quelques mois plus tard, je m’éveillais à la lecture pour découvrir cette faim d’absolu, de courage, de ferveur qui hantaient les héros des histoires passionnées et tumultueuses. Je lisais tard le soir, sous les draps avec l’aide d’une lampe de poche. Avec la lecture, je m’éveillais aussi à la rêverie, aux voyages imaginaires, à l’identification positive quand je devenais semblable aux personnages de mes lectures.
Je me suis éveillé aussi à l’amitié, au respect d’un engagement, aux miracles et à la générosité de la nature quand j’entrais dans le mouvement scout. Ce passage marqua toute mon existence et me permis plus tard d’entrer dans des engagements militants pour des causes que je sentais vitales pour la planète, la justice, la paix dans le monde.
Au cours de mon adolescence, je m’éveillais à l’indignation, à la nécessité de défendre les démunis, les sans ressources, les affamés et les blessés de la vie.
Quand je me suis éveillé à la paternité, je veux dire à la découverte de mes rôles de père et de papa, ce fut avec l’aide de mes enfants. Ce sont eux qui m’ont appris l’essentiel du métier de parent. Ce sont eux qui m’ont fait découvrir la nécessité d’entendre au-delà des mots. Qui m’ont fait découvrir que les comportements sont des langages, qu’il ne suffit pas d’aimer ses enfants, mais de leur apprendre à s’aimer.
Je me suis éveillé aussi à la douleur de l’abandon, au désarroi de la rupture et à la détresse infinie du désamour. Pour découvrir combien la vie n’est faite que de rencontres et de séparations, pour accéder à plus d’humanitude et d’humilité dans mes rencontres avec autrui.
Il fut aussi un temps où je me suis éveillé à l’écriture, à la nécessité, à l’urgence de mettre de l’ordre dans le chaos de mes sentiments amoureux, dans la jungle de mes relations… De laisser une trace de ce qui me paraissaient être des découvertes essentielles autour d’une écologie relationnelle balbutiante.
Bref, je n’en finis pas de m’éveiller. Je n’arrête pas de sortir de la nuit de mes doutes, du silence de mes interrogations. D’oser aller vers des rencontres qui vont non seulement m’éveiller, mais me mettre au monde, dynamiser ma vie. Que ce soit en terme de découvertes et de stimulations, ou en termes d’épreuves et de contraintes, je m’éveille à chaque instant à l’imprévisible de l’existence.
S’éveiller est une activité à plein temps, sans fin, toujours renouvelée aux miracles de la vie.